ARMORIQUE
Notre térritoire fondateur - Marcher pour habiter
Depuis quinze, nos pas sillonnent l'Armorique,
Des côtes déchirées au creux du continent,
Nous marchons, lents, les yeux tournés vers l'océanique,
Le temps se fait chemin, le chemin devient temps.
Le Nord-Finistère d'abord, boucle des vents,
Puis le Bout du Monde où la terre se déchire,
La Basse-Bretagne ensuite, au souffle des vivants,
Jusqu'au Grand Tour, que notre rêve attire.
Cent soixante-quatre jours, des pas par milliers,
Trois mille trois cent quarante-trois kilomètres,
L'Armorique en boucle, à l'usure arpentée,
Est la longue mesure où nos corps sont les maîtres.
Mais l'île appelle l'île au-delà des rivages,
Jersey, Guernesey, sœurs des brumes anglaises,
Belle-Île et Groix, Yeu, Ouessant des naufrages,
Prolongent notre marche en terres insulaires.
L'Armorique est ainsi notre terre première,
Notre territoire fondé à force de pas,
Un sol de chemins, de landes et de pierres,
Que nous habitons lent, du matin au trépas.
Car marcher n'est pas fuir, c'est apprendre à voir,
Écouter le paysage et l'interpréter,
La carte devient chair, l'espace devient mémoire,
Le récit se fait pensée à force d'aller.
De là naît notre art, marche herméneutique,
Et s'ouvre notre quête de sophiopoïèse,
Faire du chemin vécu une sagesse poétique,
L'Armorique est le sol. Le chemin, la genèse.
