MARCHE A DEUX 07 HONORER LA SIMPLICITE

Chant VII — Honorer la simplicité

Compter ses besoins

Le matin, avant de repartir, nous vidons les sacs sur l’herbe. Toujours les mêmes objets, pourtant quelque chose a changé. Nous les regardons autrement. De quoi avons-nous réellement besoin aujourd’hui ? Un peu d’eau. Du pain. Une veste. Ta présence. Le reste semble soudain décoratif. Nos nécessités tiennent dans deux poignées de choses. La vie, au fond, est d’une étonnante frugalité.

Retirer encore

Nous choisissons chacun un objet à laisser derrière. Un luxe discret, un « au cas où ». Le geste hésite puis s’accomplit. Rien de grave ne se produit. Le monde ne s’effondre pas. Au contraire, l’air circule mieux en nous. Chaque abandon ouvre un espace invisible.

Se contenter

Le repas de midi est simple : pain, fromage, quelques fruits. Pas de variété, pas d’abondance. Pourtant la faim rend tout précieux. Nous mangeons lentement, presque en silence. Chaque bouchée a un goût entier. La simplicité révèle la saveur cachée des choses. Le superflu émousse, le peu intensifie.

Réparer plutôt que remplacer

Une lanière cède sur ton sac. Autrefois nous aurions songé à changer l’objet. Aujourd’hui nous sortons aiguille et fil. Assis sur une pierre, nous réparons patiemment. Le geste est humble, presque archaïque. Prendre soin plutôt que jeter. Raccommoder, c’est déjà aimer.

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Nous croisons un marcheur qui a oublié son eau. Sans réfléchir, nous partageons la nôtre. Ce que nous possédons paraît suffisant pour trois. Étrange loi : moins nous gardons pour nous, plus nous nous sentons riches. La simplicité appelle la générosité comme la source appelle la soif.

Refuser l’inutile

Au village, une vitrine attire l’œil : objets brillants, gadgets de confort, promesses de facilité. Un instant, le désir revient. Posséder encore. Améliorer. Ajouter. Puis nous nous regardons etsourions. Nous savons maintenant : chaque ajout pèse. Nous repartons les mains vides, le pasléger. Refuser peut être une victoire paisible.

Goûter la légèreté

Le sentier monte entre les pierres blanches. Nos sacs sont plus légers qu’au premier jour, mais surtout nos pensées. Nous marchons presque joyeux, presque enfants. Rien ne nous manque. Le ciel suffit. Le vent suffit. Nous suffisons. Je comprends alors : la pauvreté choisie n’est pas privation — elle est espace. Un espace où la vie circule sans obstacle. Et dans cette légèreténouvelle, le chemin semble nous porter plus que nous ne le portons.

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