MARCHE A DEUX 08 PARTAGER LE REPAS
Chant VIII — Partager le repas
Préparer ensemble
Au matin, le pain est encore tiède et la soupe presque froide. Nous choisissons chacun une tâche, en silence d’abord. Toi tu verses l’eau, moi je coupe les légumes. Chaque geste s’accorde au geste de l’autre, comme les notes d’un duo inconscient. La préparation devient une danse discrète. Partager commence par faire pour l’autre autant que pour soi.
Manger lentement
Nous posons les plats sur la pierre plate d’un muret. Le soleil éclaire faiblement la colline. Nous ne parlons pas. Chaque bouchée est dégustée comme un cadeau. Nous redécouvrons la saveur du temps. Manger lentement est un art oublié. Chaque mastication devient méditation.
Raconter la journée
Le vent se tait, l’ombre s’allonge. Nous parlons enfin, partageons ce que nous avons vu, ce que nous avons senti. Le chemin devient récit, le récit devient lien. Le monde se répercute dans nos paroles. Les histoires simples deviennent festin, le banal devient essentiel.
Rire
Une fourmi emporte un morceau de notre pain. Un oiseau se précipite sur un fruit tombé. Nous éclatons de rire, sans raison apparente. Le rire est contagieux, léger, pur. Il dissout la fatigue, les tensions, les frictions. La joie partagée est plus qu’un moment : elle est un fil invisible qui relie.
Chanter
Une chanson oubliée surgit dans la gorge. Tu me la murmures. Je joins ma voix à la tienne. Le vent se mêle à nos notes, la colline semble résonner. Chanter à deux transforme l’espace et le temps. La marche continue, même immobiles, portée par la musique de nos voix.
Remercier
Avant de repartir, nous nous tournons vers le monde qui nous a nourris : le soleil, la pierre, l’eau, l’air. Nous n’avons rien fait de grandiose, et pourtant nous avons tout reçu. Nous murmurons des mercis silencieux. Remercier devient conscience du lien. Partager, c’est aussi reconnaître la générosité du monde.
Sentir la communion
Au crépuscule, nous rangeons les plats. Les mains légèrement collantes, les yeux brillants. Nous comprenons que la nourriture n’était qu’un prétexte. La vraie saveur réside dans le lien : l’écoute, le rire, la chanson, la présence. Le repas partagé devient symbole : marcher ensemble, c’est se nourrir de ce qui ne s’achète pas. Le chemin s’éclaire de cette chaleur invisible. Nous marchons demain avec l’âme un peu plus légère, le cœur un peu plus ouvert, et la conscience que chaque repas peut être festin, si l’on choisit de le partager.
