LE DEHORS 05 LA MATIERE DU SENTIER
Tel est le chemin
Livre I — Le Dehors
Chapitre V — La Matière du Sentier
Nous croyons souvent marcher dans le paysage alors que, d’une certaine manière, nous marchons d’abord sur lui. Avant même de regarder le ciel, il faut apprendre à habiter la terre.
Dans notre vie ordinaire, le sol est devenu invisible. L’asphalte et les trottoirs nous offrent une stabilité si constante que nous cessons d’y prêter attention. Sur le chemin, le randonneur redécouvre la diversité du monde par ses pieds. Le sentier devient roche, herbe, sable ou terre humide. Il impose ses lois, et le corps n’a d’autre choix que de s’ajuster.
C’est là une véritable initiation. Sous nos chaussures défilent des millénaires d’histoire géologique. Face à la patience des pierres, nos inquiétudes immédiates retrouvent leur juste proportion. Et lorsque la fin de l’été arrive, la poussière du chemin s’élève et se dépose sur nous, effaçant la frontière entre le voyageur et le paysage.
« Cette poussière ordinaire prend une dimension presque sacrée. Elle rappelle que nous sommes faits de la même matière que les chemins que nous parcourons. Nous avançons sur la terre, mais nous apprenons aussi à appartenir à son éternelle métamorphose. »
La marche nous enseigne une sagesse humble et concrète : toute élévation véritable suppose d’abord un enracinement.
