LE DEHORS 09 LE SEUIL DES TRAVERSEES

Tel est le chemin
Livre I — Le Dehors

Chapitre IX— La seuil des traversées

Après les premiers jours, une étape invisible est franchie. Le départ appartient désormais au passé. L’enthousiasme initial et l’excitation de la nouveauté se sont apaisés, tandis que le terme du voyage demeure encore lointain, par-delà l’horizon.
​C’est l’appel du milieu. Un lieu secret que les cartes ne mentionnent pas, où il ne reste plus que le chemin lui-même.
​Continuer à avancer lorsque la surprise des débuts s’est estompée demande une autre forme d’énergie. Une fidélité plus discrète. Une confiance humble qui ne dépend plus des émotions du moment. C’est dans ce désert fécond que les attentes se simplifient et que la véritable maturation de l’âme commence. Le marcheur devient alors un « passant ». Il n’a plus besoin du spectaculaire pour s’émerveiller : une lumière pâle sur une prairie ou le mouvement du vent dans les herbes hautes deviennent des événements pleins et entiers.

​« Une sérénité nouvelle accompagne désormais sa route. Non celle de quelqu’un qui possède des réponses, mais celle de celui qui a cessé d’exiger que tout soit expliqué. Le monde a retrouvé sa profondeur de mystère. Et tandis que son ombre s’allonge sur le chemin, il comprend confusément que la véritable maturité ne consiste pas à maîtriser la route, mais à consentir pleinement à en faire partie. »

​La marche cesse alors d’être une simple traversée de l’espace pour devenir un mode d’être. On ne parcourt plus la Terre : on la laisse nous traverser.

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