LES TRAVERSEES 05 LA REPETITION FERTILE

Tel est le chemin
Livre II — Les Traversées

Chapitre XIV : La Répétition Fertile

​Notre époque célèbre volontiers le mouvement perpétuel, la surprise et l’accumulation d’expériences inédites. La monotonie y est perçue comme une ennemie, synonyme d’ennui et de stagnation. Pourtant, la longue marche propose une tout autre école.
​Après des semaines de route, une même structure revient inlassablement : lever le matin, boucler le sac, caler son pas, s’arrêter le soir. Cette répétition rituelle pourrait sembler appauvrissante. Elle devient au contraire le lieu d’un immense approfondissement.
​Car sur le sentier, rien ne se répète jamais tout à fait. Lorsque les distractions quotidiennes s’effacent, notre attention s’affine. Le regard découvre des nuances invisibles jusqu’alors : une variation subtile de la lumière, le dessin d’une herbe, la fraîcheur d’un souffle. La clarté naît de cette simplification radicale.

​« Au fond d’un vase rempli d’eau trouble, les particules finissent par retomber. Jour après jour, pas après pas, les remous de l’esprit s’apaisent. Les pensées ne disparaissent pas, elles se déposent. Et dans la transparence retrouvée de sa conscience, le marcheur découvre que la sagesse ressemble souvent à une eau devenue claire : elle ne cherche pas à briller, elle laisse simplement apparaître ce qui était déjà là depuis le commencement. »

​La grandeur d’une vie réside peut-être moins dans la recherche du spectaculaire que dans la fidélité aux gestes simples qui, lentement, façonnent notre manière d’être au monde.

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