L’HORIZON 04 L’OUBLI DE SOI
Tel est le chemin
Livre III — L’Horizon
Chapitre XXII : L’Oubli de Soi (La Conscience Transparente)
Les premiers pas sur le chemin sont toujours chargés de nos histoires, de nos attentes et de nos préoccupations personnelles. Mais la longue marche agit comme un filtre invisible. Peu à peu, l’égo, si habitué à se raconter lui-même, perd de son importance.
La simplicité exigeante du sentier réduit les masques et les rôles que nous croyons devoir jouer. Nous découvrons alors qu’une grande partie de notre fatigue intérieure ne venait pas de l’effort physique, mais de la surcharge de la conscience d’elle-même. Lorsque cette tension se dissout, une liberté inattendue apparaît : celle de ne plus devoir constamment être quelqu’un.
La frontière entre celui qui marche et le paysage s’amenuise. Le monde n’est plus un décor posé face à nous, il devient une présence partagée. Le corps épouse les pentes, la respiration suit la cadence du lieu. L’esprit devient comme une eau claire traversée par le vent : rien ne s’y fixe, tout y passe.
« Le regard ne retient pas. Il laisse passer. Et dans ce passage continu, une étrange évidence s’installe : il n’y a rien à atteindre. Rien à retenir. Rien à devenir. Seulement être là, dans le mouvement même de ce qui est. Le chemin continue devant lui. Mais il ne semble plus aller quelque part. Il semble simplement se déployer. »
Marcher au long cours, c’est accepter cet effacement paisible pour retrouver, sans effort et sans séparation, notre juste place dans l’ordre du vivant.
