L’INTERIORITE DU LOGOS 02 LE TEMPS SOUS LES VOUTES INTERIEURES
marche-rencontre avec Saint Augustin (I)
Le temps sous les voutes intérieures
Le chemin s’est resserré sans prévenir. Max ne marche plus vraiment à ciel ouvert. Il avance dans une architecture invisible, comme si l’espace avait glissé à l’intérieur de lui-même. Autour de lui, une cathédrale sans murs. Les hauteurs disparaissent dans une pénombre douce, habitée de reflets colorés. La lumière ne vient plus du dehors : elle tombe de mémoire en mémoire, comme des vitraux intérieurs qui ne cessent de changer de forme. Chaque pas résonne. Mais ce n’est pas le sol qui répond — ce sont les souvenirs.
Au centre de ce lieu sans âge, un homme écrit. Sa main ne tremble pas, mais elle semble pressée par quelque chose d’invisible, comme si chaque mot devait retenir ce qui fuit. Augustin s’arrête.
Il ne lève pas les yeux tout de suite. Puis il parle, lentement, comme s’il reconnaissait une question déjà entendue dans le silence :
« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si je veux l’expliquer, je
ne le sais plus. »
Il referme le parchemin sans le finir. Puis il ajoute, presque pour lui-même :
« Le temps n’est pas dans le monde. Il est dans l’âme. Une distension de l’esprit. »
Max reste immobile.
Ces mots ne décrivent rien : ils déplacent tout. Le passé ne revient pas du monde. Il revient de la mémoire. Le futur ne vient pas du monde. Il naît de l’attente. Et le présent, lui, n’est pas un point : il est une tension fragile entre ce qui se souvient, ce qui attend, et ce qui voit.
Rien ne passe vraiment. Tout se tient — mais dispersé en soi. Max pense à sa propre marche. Aux jours qu’il croyait avoir traversés, alors qu’ils se tenaient encore en lui, entiers, silencieux, disponibles.
Il comprend alors que le chemin ne s’étire pas dans l’espace. Il s’approfondit dans la mémoire. Et que marcher, peut-être, n’est pas aller quelque part, mais rassembler ce que l’on est en train de devenir.
La cathédrale s’efface sans disparaître. Comme si elle avait simplement changé de place.
Augustin écrira aussi : “Je sais ce qu’est le temps tant que je n’y pense pas.” Il suffit parfois de regarder trop fixement une évidence pour la voir se dissoudre.
